Prieuré de France

2006

Grand  Prieuré  Russe  de  St  Jean  de  Jérusalem

1048 - 1609-1775-1798 -1955

Mise à Jour 2 Juin 2013

CHEVALIER AU XXI ème SIECLE

 

La Chevalerie éternelle consiste à savoir se battre afin de protéger et sauver ce que Dieu a placé sous notre garde.

L’étroit rapport entre la violence et le sacré est une dure réalité dont la difficile prise de conscience constitue la première révélation sur la voie de la tradition héroïque du Chevalier.


 

Comment parler de chevalerie sans aborder les notions d’éthique, de morale et de religion ?

Quelques précisions sont essentielles à la bonne compréhension des développements qui suivront.

 

Ethique, vient du grec, et désigne la façon de vivre des gens

Morale, vient du latin, et rappelle les mœurs qui régissent une communauté

Religion, vient du latin relier, c’est ce qui relie entre eux les créatures, et plus particulièrement, les hommes.

Avec l’évolution, la religion a progressivement introduit la notion de surnaturel laquelle au début ne sert qu’à expliquer de façon imagée ce qui échappe à la raison.

La religion, c’est un ensemble de règles qui, au  delà de la morale, relient l’homme au surnaturel, et à ses congénères, puis au travers d’une cosmogonie, à la création toute entière.

Même si on ne connaît pas tout, on a besoin de tout expliquer, de la façon la plus pratique possible, pas forcément la plus plausible, car l’homme a besoin de communiquer, de faire partager ses expériences. Le discours raisonnable n’est pas toujours le meilleur moyen, car on ne parle pas toujours la même langue, le sens des mots varie facilement, surtout quand on est dans l’abstrait. Un mouton reste toujours un mouton, mais la maladie peut être une infamie, un châtiment des dieux, quelque chose d’honteux, ou un incident inéluctable de la nature humaine. De ce fait, la façon de traiter la maladie peut être radicalement différente selon la manière dont elle est vécue. La mort est tantôt une délivrance, tantôt une condamnation. Le mort est parfois un fantôme ou parfois un souvenir qui vous obsède ou qui s’estompe.

Banalités, sûrement, mais regardez comment réagissent les gens autour de vous. Si vous ne pleurez pas à un enterrement alors que vous considérez la mort comme une délivrance, comment vous considère-t-on?

Tuer, c’est mal, sauf si… on est attaqué, si on est soldat, sauf si on est une mère qui ne veut pas de son enfant, si on est le mari d’une femme qui est condamné, sauf si…etc…

Tuer, ne relève plus aujourd’hui d’une règle morale, mais d’un code qui détermine qui peut tuer, quand, et comment. Or, les circonstances qui accompagnent le fait de tuer son en nombre infini, et aucune loi ne peut énumérer une infinité de situation. Ainsi le monde de la judiciarisation est voué à l’injustice, puisque des faits lui échappent.

La conséquence concrète de la religion est la pratique de rites religieux qui reconstruisent une harmonie entre la raison et l’inconscient de l’individu

La perte du sens religieux, entraîne la perte du sens moral, puis de la culture, puis de la civilisation.

Beaucoup de gens de notre civilisation s’affrontent à la recherche de la vérité, du droit de l’amour, du respect de la vie, de lumière, savoir ou connaissance, la soif d’absolu. Ces gens se sont éloignés de leur religion qui pourtant leur apporte des réponses à toutes ces questions.

On dit que Dieu est unique, que Dieu est amour, que Dieu c’est la vie… retournons donc ces affirmations, et nous trouvons des démonstrations intéressantes :

La quête d’une vérité unique est en réalité la quête de Dieu,

car l’unicité c’est Dieu

La justification sur l’amour est vraiment la justification sur Dieu

car l’amour c’est Dieu

Le respect de la vie, c’est simplement le respect de Dieu

car la vie c’est Dieu

Le besoin de lumière, c’est absolument le besoin de Dieu,

car la lumière c’est Dieu

La volonté d’absolu, c’est évidemment la volonté de Dieu,

car l’absolu c’est Dieu

La soif de compassion, c’est sans conteste la soif de Dieu,

car la compassion c’est Dieu

La recherche de justice, est assurément la recherche de Dieu,

car la justice c’est Dieu

La découverte du bonheur, c’est naturellement la découverte de Dieu,

car le bonheur c’est Dieu.

Or, en oubliant sa religion et en recherchant ces réponses, on ne crée pas une nouvelle religion, mais on adopte des façons de penser qui viennent d’ailleurs, qui ne sont pas toujours cohérentes avec notre vie, elles n’ont pas toujours fait la preuve de leurs limites, elles sont souvent ambivalentes, ambigües, équivoques.

Or, ces vérités sont éternelles.

Les Grecs appelaient leur roi des Dieu Zeus : la vie.

Les Romains appelaient leur Roi des Dieu que nous avons traduit par Jupiter, Jovis : la Joie, la jovialité, Le premier niveau de sainteté est l’état de Bienheureux

Pour les Mazdéens la lumière Mazda.

Chez les Amérindien, le « Grand Manitou », c’est l’esprit universel de la vie.

Que nous a donc apporté le Christianisme voici 2 000 ans ? Pourquoi l’Evangile a ainsi rassemblé tous les tenants des ces religions solidement établies ?

On peut tenter une réponse en  considérant que le Christianisme des origines a tout d’abord rendu accessible aux non juifs, la notion d’un monothéisme. St Paul affirme : «  S’il n’existe qu’un seul Dieu, Dieu est le Dieu unique des Nations » quel que soit le nom qu’on lui donne.

L’Evangile des origines n’est pas la religion où l’on adore le Christ comme Dieu, la religion que prône le Christ comme étant la religion universelle.

Cette religion universelle pour rassembler toutes les tendances va adopter la notion de Sainte Trinité qui réunit ainsi les tenants :

-        du Dieu créateur et paternel, pancreator, Dieu omniscient

-        du Dieu Esprit universel, immanent, Dieu omniprésent

-        de l’Homme-Dieu, ou incarnation de Dieu fait homme, Héro ou Prophète, Dieu omnipotent.

Pratiquement toutes les grandes religions entrent dans un ou plusieurs de ces 3 champs.

En faisant de la religion du Christ la religion de l’Empire romain, Constantin résout un délicat problème d’unité culturelle, mais cela ne fera que de 

retarder la chute de l’Empire qui restera inéluctable, comme toute entreprise humaine, si grandiose soit-elle.

La religion subsiste, mais, si personne ne discute Dieu le Père ou Dieu l’Esprit, il n’en va pas de même de Dieu le Fils. En effet, procédant à la fois de la nature divine et de la nature humaine, le Christ offre sujet à polémique, et certains hommes ne supportant pas les nuances, ou  les conclusions hâtives que certains trublions exploitent pour semer la discorde. Les hérésies occupent un tel espace que, pour l’Eglise romaine, la religion de la Sainte Trinité devient la religion du Crucifié. Le Fils de Dieu et son Père prennent une telle place que le Saint Esprit, sans être délaissé, voit tout de même sa place relativisée ! Les conséquences, sans que ce soit clairement conscient ou voulu, seront d’opposer les cinq Patriarcats des origines avec une scission romaine, mais aussi de figer une religion qui de conciles en conciles se cantonne dans des définitions exclusives au lieu de poursuivre son expansion universelle. L’évangélisation se poursuit, certes, avec souplesse, les missionnaires sachant composer avec les cultes locaux pour imposer la religion chrétienne, mais à terme, ce sont des règles intransigeantes qui balayent par le feu et le fer les compromis.

La justification de la guerre, de l’armée, et donc d’individus guerriers et chrétiens fera lentement son chemin, et devra beaucoup à St Augustin. Toutefois, l’image de la Militia restera longtemps attachée à la Malicia.

La Chevalerie est une ancienne institution, mais elle repose sur des principes qui sont eux-mêmes tellement plus anciens, qu’ils se confondent avec la culture indo-européenne des temps proto-historiques. La caste des guerriers est une constante des peuples indo-européens. Sur le plateau arabo-sémitique, cette notion est pratiquement inconnue. Abraham, comme les autres nomades, lorsqu’il entre en guerre, rassemble ses serviteurs qui prennent les armes.

Chez les Germains, la remise de ses armes au jeune homme qui est agrégé dans la caste des guerriers est une ancienne cérémonie dont les rites permettent au guerrier de vivre selon les règles d’une morale propre. On ne peut risquer sa vie et tuer, fussent des adversaires, hommes, femmes et enfants, sans des rituels particuliers :

-          qui lient ces hommes entre eux, car la fidélité est la base d’une troupe militaire,

-          qui protègent ces hommes pour qu’ils aillent au combat avec confiance,

-          qui justifient leurs actions semant l’effroi et  la réprobation chez les autres, pour qu’ils puissent ne pas avoir honte, continuer de vivre dans la société.

Dès la fin du neuvième siècle, des « guildes » de guerriers apparaissent, peut-être des restes des grandes invasions, ou des coutumes vikings. Des guerriers se reconnaissent entre eux par des usages particuliers, ils récompensent le courage, la hardiesse, la générosité. Ils se cooptent entre eux, sur le champ de bataille, c'est-à-dire devant tout le monde. Celui qui s’est bien battu s’engage par serment à servir avec fidélité et à mériter la confiance des autres. Pour sceller cette obligation, il reçoit un coup violent,  parfois sur la nuque ou l’épaule. Cette première chevalerie est appelée par certains, chevalerie d’ordène.

Au dixième siècle, l’Eglise va s’immiscer dans cette cérémonie jusqu’à la maîtriser dans sa plénitude qui devient la cérémonie d’adoubement traditionnelle au douzième et au treizième siècle.

C’est dans cet esprit que le Bienheureux Gérard Tenque, abbé de l’hôpital St Jean de Jérusalem dans les murs et de la léproserie St Lazare hors des murs, va armer ses moines pour protéger les malades et les populations avoisinantes des bandes de pillards, déserteurs et bandits, après la première croisade. Ces milices de moines armés sont assemblées sur le modèle des Chevaliers du Temple, qui se sont faits moines et ont obtenu l’approbation et la reconnaissance papale. Les Chevaliers du Templiers avaient une croix rouge, les Chevaliers de St Jean  prennent la croix blanche, et les chevaliers de St Lazare depuis plus longtemps en rapport avec l’Islam, adopte la couleur verte pour sa croix. La croix des Chevaliers de Sainte Marie des  Teutoniques sera noire. Entre la constitution des ces ordres, leur reconnaissance, et protection par le Vatican, les délais seront de plusieurs décennies. En effet, il ne faut pas confondre ces ordres de chevalerie dits de croisades, avec ceux du Vatican, qui seront constitué par l’autorité de tutelle et non par la base.

Un problème social croissant va se développer lié à la chevalerie médiévale car elle va devenir très vite le premier échelon d’une hiérarchie nobiliaire. Des individus, comtes et barons, sont engagés dans un système féodal, et le système armé se confond partiellement avec cette hiérarchie. Les forts engagements des chevaliers entre eux et avec leurs chefs forcent leur intégration dans le système féodal. Le caractère héréditaire des certains usages, fait que le titre de chevalier, à l’origine intuitu personnae, peut

devenir lui-même héréditaire. Ainsi la chevalerie médiévale va obliger les rois et princes à s’en emparer.

S’il faudra attendre la bataille de Marignan pour qu’un Roi de France soit Chevalier ; en face de cela, très tôt, avec Louis XI en tous cas, des Princes vont constituer des « ordres fermés » où ils recevront comme chevaliers certains de leurs vassaux. Par le prestige d’une caste fermée, ils s’assurent de leur attachement et de leur fidélité. Souvent ils leur assignent une mission de garde particulière. Ces ordres, que l’on appelle des ordres de clientèle,  adoptent des règles de la chevalerie d’ordène qui lui confèrent un caractère traditionnel certain, à leur origine en tout cas. Nombre de ces ordres donneront naissance à des ordres de décoration avec lesquels ils se confondent parfois. De plus, selon les pays, les organisations chevaleresques vont parfois fortement varier, mais pas les traditions.

Les notions modernes d’Ordre, de Chevalier, de Tradition, de Droit et d’Usage laissent évidemment la place à beaucoup de polémique, puisqu’il est très aisé de ne pas parler de la même chose que son interlocuteur, ou de placer le débat sur tel ou tel plan plus avantageux.

Certains Etats modernes, se targuent de leur laïcité, et les autres, par souci d’autorité, ne reconnaissent que ce qui ressort de leur juridiction. Or, les usages modernes reconnaissent l’état de fait comme étant équivalent à la loi, le « de facto » étant au moins équivalent au  « de jure ». Ceci d’ailleurs est traditionnel, et parfaitement humain, puisque les lois découlent en général des usages. Des lois qui ne sont pas fondées sur l’usage mais qui se justifient sur la seule raison ou sur l’arbitraire, risquent de ne pas rencontrer le succès espéré.

Or, certains aujourd’hui ne reconnaissent que les ordres de chevalerie qui sont décernés par les états, ou les ordres anciens « sui generis » comme Malte. Ceci revient à renier la nature humaine dans sa tradition, et ne tient aucun compte de certains droits d’usages anciens, comme :

-          celui d’un individu chevalier de faire un autre chevalier devant tout le monde

-          celui de revendiquer une tradition tombée

-          celui de transmettre le flambeau pour assurer la continuité de la vie d’une institution ancienne comme d’un individu

-          celui d’assurer la volonté des fondateurs

Décréter le caractère illégal d’un ordre ne permet que de décréter que ses membres circonviennent à une loi. Mais, en l’absence d’un tel décret, tout ordre traditionnel et légitime devrait être réputé légal.

Ces considérations sont particulièrement importantes car notre monde moderne se cherche aujourd’hui, sans trouver le fil de ses racines que d’aucuns ont soigneusement cachés, souvent de bonne foi, mais, sans ce fil, nos valeurs fondamentales n’étant plus connues, les décisions fondatrices d’une civilisation en refonte risquent de ne pas tenir compte des expériences passées et de se placer en porte-à-faux par rapport à des usages éprouvés mais dans des conditions totalement différentes. De petites orientations peuvent se faire n’importe comment, de grandes orientations doivent regarder loin en arrière pour se projeter loin en avant sous peine de tout déstabiliser, comme l’on fait tous les révolutionnaires. Veut-on une évolution ou une révolution ?

Où nous emmène ce 21ème siècle déjà solidement entamé ?

En caricaturant, voici quarante ans que nos enfants ne savent plus lire ni écrire, sans autre tradition que la bride sur le cou, le culte de notre propre individualité, éminemment mortelle, et la drogue pour le plaisir. Quarante ans de déculturation où la religion a du mettre le genou à terre simultanément. Il fallait peut-être sortir d’un certain rigorisme aveugle, retrouver un peu d’œcuménisme, de considération pour les autres, mais certainement pas remplacer le prêtre par le psy.

L’idéal chevaleresque continue d’alimenter notre inconscient collectif. Il est pan-européen. Il véhicule les mêmes vertus humaines primordiales « de l’Atlantique à l’Oural ». Ceux qui aujourd’hui le portent doivent accomplir pleinement leur mission. La vraie chevalerie est celle du cœur et de l’esprit. Dans la mort,  le Chevalier n’emporte ni médaille ni richesse. Sa générosité, sa fidélité, sa confiance, sa miséricorde, la juste cause qu’il défend, son courage et son exemple sont les fleurons de sa couronne, le torsil, dont il peut être fier.

On peut mettre en exergue les vertus humaines, mais ne vouloir considérer ses travers serait une grave erreur. Tout être vivant a des défenses, et le droit de tout faire pour survivre. Rares sont les cas en dehors de l’homme où le sacrifice de quelques uns permet la survie du groupe.

Certes le mâle dominant est le défenseur du groupe, la mère défend ses petits. La ruche et les abeilles peut-être…

Les Chevaliers du XXIème siècle ont la lourde responsabilité de montrer une religion chrétienne ferme, forte et fière. Pas obligatoirement un christianisme exacerbé, intransigeant, et extrémiste, mais dans la sérénité d’une foi solidement fondée.

Si cette foi n’est plus comprise ou admise par  un grand nombre, c’est que nous avons échoué quelque part. Comment se fait-il aujourd’hui que « foi » soit devenu synonyme de « crédulité », de « superstition », que les thérapies de groupes remplacent la confession ou la prière communautaire, que l’analyse remplace l’examen de conscience et que le Prozac matin et soir remplace la prière voire l’hésychasme ?

Si la morale et l’éthique de l’homme moyen doit être la référence de tout être de notre civilisation, s’il n’y a plus de différenciation entre les êtres, si le clonage devient le but ultime, alors un grave cancer menace notre société. S’il existe un « milieu » de la voie, celle-ci est bordée par des garde-fous, et nous ne sommes pas censés marcher sur les garde-fous.

Dans une société qui se meurt, de nouveaux cercles se créent, une résistance s’organise, qui se refuse à disparaître sans combattre, car ce combat est un testament pour les générations à venir, un témoignage pour les autres, une transmission pour ceux qui nous succèdent.

Ce combat existe dans toutes les traditions, nous connaissons la bête de l’Apocalypse, le Ragnarok des scandinaves, la vision d’Arjuna dans la Bagavad Gita, la Jihad des Musulmans.

La première dimension de ce combat est d’accepter qu’il commencé, qu’il est de toute éternité, que sa dimension est d’abord et avant tout spirituelle, mais qu’elle est aussi matérielle.

Toute construction humaine est l’objet d’une malveillance de la part d’autrui.


La Chevalerie éternelle consiste à savoir se battre afin de protéger et sauver ce que Dieu a placé sous notre garde.

L’étroit rapport entre la violence et le sacré est une dure réalité dont la difficile prise de conscience constitue la première révélation sur la voie de la tradition héroïque du Chevalier.



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